Les Couleurs de la nuit

 
  • Année 1982
  • Durée 00:38:03
  • Référence catalogue 75
  • Concert
  • œuvre stéréophonique
  •  
Création


Paris, Ircam, Espace de projection

Liste des morceaux

  1. 1 animé
  2. 2 plus animé
  3. 3 couleurs froissées - (andante 1)
  4. 4 lune floue - (andante 2)
  5. 5 bouffées - (andante 3)
  6. 6 nuit noire
  7. 7 nuit fauve
  8. 8 nuit blanche
  9. 9 nuit dénouée
Notes

Voici une pièce enlevée, composée dans une urgence qui se transmet par osmose avec son propos lui-même. C'est une sorte de météorite tombée du ciel de Son Vitesse-Lumière : ne s'insère-t-elle pas, chronologiquement, au beau milieu de ce cycle dont elle ne fait pas partie ? Sa temporalité interne et son déroulement sont d'ailleurs tout à fait différents de ceux des pièces du cycle en cours. Aux sons que je disais comme sans tenants ni aboutissants, répond ici à l'inverse une sonorité arc-boutée. La matrice de base, à laquelle s'ajoutent un nombre limité d'autres matériaux, est un fragment prélevé dans un enregistrement de cordes frottées (quelques secondes d'un concerto de Corelli, d'après les souvenirs du compositeur). La pièce sonne comme un “ bruissement violonistique ” (Bayle) pratiquement ininterrompu du début à la fin (les mouvements sont enchaînés les uns aux autres), dans une unité de couleur et de tension qui la porte véritablement d'un bout à l'autre de ses 38 minutes. On y retrouve la “jungle” baylienne, on est même immergé dans son monde âpre et serré. Le son est écartelé, comme d'une matière qui semble constamment fissile et crissante — s'étirant en poudres itératives. Cette ébullition fébrile, ou cette intense activité organique sont menées à leur apogée au cours des quatre derniers mouvements, en une progression dramatique impressionnante, faite de surenchères et de replis. La matière sonore, touffue et enchevêtrée est comme orientée et animée par un principe permanent d'afflux et d'élévation. L'impression de “forces jaillissantes” est d'ailleurs accentuée par la “dureté” de la sonorité globale de la pièce (techniquement due aux caractéristiques de certains appareils de l'époque, notamment une résolution en 8 bits). Comme si ce confinement légèrement sous-marin (manque de brillance dans l'aigu) ajoutait au sentiment de pression qui parcourt l'œuvre. L'emprise de cette nuit terrible n'est suspendue que pour la durée des trois andantes enchaînés, au premier tiers de la pièce, qui en forment comme le cœur ardent, sensuel et calme, avant de nous rendre au tumulte.