Le Langage des fleurs L'Expérience Acoustique II
- Année 1971
- Durée 00:35:45
- Référence catalogue 45
- Concert
- œuvre stéréophonique
- œuvre suite
Paris, Halles Baltard
Journées-Rencontres Grm
Commande d'État
- 4 substance du signe
- 5 métaphore
- 6 métaphore + lignes et points
- 7 journal
Ou le son envisagé comme support d'images, d'associations et de rêveries : ce que disent les fleurs (le titre renvoie à Georges Bataille, non à une mignarde “carte du tendre” — nous prévient le compositeur).
4. substance du signe, (13')
Une singulière ténacité est ici à l'œuvre ! Voici l'aventure d'un son, un son paradoxal, à la fois acide et fragile, complexe et limpide, acéré et bruiteux (correspondant donc bien aux caractères globaux énoncés plus haut). La typologie schaefférienne l'identifierait globalement comme allure — et il ondule effectivement dans une sorte de fuite immobile résolue, éperdue. Mais s'agit-il d'un son ou d'un principe de sons, d'un bouquet de sons — à travers lesquels on perçoit une identité, une teneur : cette “substance du signe” (l'expression est de Francis Ponge), et non du son. De la série de catastrophes qui s'abat sur lui — coupures brutales (par inserts fichés dans la bande comme des coins dans le bois, raccords qui le font “changer de pied” dans sa course), tentative de noyade (par mixages avec des masses hétérogènes) — il émerge toujours à nouveau, se démultiplie sans cesse. Le silence devient son attente. C'est un “ son débordant ” (nous en rencontrerons d'autres dans l'Expérience et dans toute l'œuvre ultérieure du compositeur). Le son “débordant” semble déborder les limites du cadre : on voudrait l'écouter toujours, il nous fait perdre le sens de la durée “raisonnable”. D'ailleurs, on continue de l'entendre intérieurement même une fois qu'il s'est arrêté. C'est un son qui aime hanter. Au fil de l'écoute de cette musique, le sentiment s'impose d'être en présence d'un phénomène qui défie les lois physiques (le Sommeil d'Euclide, déjà). Un tel mouvement ne puise pas sa force à une source habituelle. Est-il mouvement de l'âme ? Mouvement du son ? Motion ou émotion ?
5. métaphore, (10')
“ Le pouvoir de sécréter des métaphores est pratiquement sans borne ”, écrit Roger Caillois, que cite le compositeur. Cette pièce se propose de les susciter “ par le support de picotements sonores, comme de multiples et délicates lueurs nocturne dont les îlots de sens se forment, s'éparpillent ” (Bayle).
6. métaphore + lignes et points, (7')
Cette pièce propose une nouvelle présentation de métaphore, dont la perception est transformée par sa superposition avec lignes et points, musique réalisée pour le film du même nom de Piotr Kamler (cf. ci-dessous, Œuvres musicales d'application). Le film est d'ailleurs généralement projeté pendant l'audition de ce mouvement en concert.
7. journal, (3')
Ce mouvement s'apparente à solitioude qui termine l'Aventure du cri. Les voix du dehors s'y font entendre — dont de très “audiogéniques” sirènes de police captées, on l'imagine, un soir de mai 68, au quartier Latin… Journal cherche à dire le monde à partir de fragments de réalité prélevés et recomposés : “ Aujourd'hui, le musicien prend ses modèles partout. La forme d'un journal, sa présentation typographique, son “montage”, son rythme de titres, d'images, de textes, sans cesse intercalés les uns dans les autres dans un paradoxal souci de lisibilité immédiate… ” — voilà le modèle ici suivit.