L'Expérience Acoustique V chapitres - 14 mouvements
- Année 1972
- Durée 02:10:00
- Référence catalogue 52b
- Concert
- œuvre stéréophonique
- œuvre suite
Avignon, Cloître des Célestins
26e Festival
Chapitre I
L'Aventure du cri, cat. 41 [1969]
- 1 l'inconscient de la forme
- 2 match nul
- 3 solitioude
Chapitre II
Le Langage des fleurs , cat. 45 [1971]
- 4 substance du signe
- 5 métaphore
- 6 métaphore + lignes et points
- 7 journal
Chapitre III
La Preuve par le sens, cat. 46 [1971]
- 8 la langue inconnue
- 9 intervalles bleus
- 10 uirapuru
- 11 l'écriture acoustique
- 12 it
Chapitre IV
L'Épreuve par le son, cat. 49 [1971]
- 13 transparence du Purgatoire
Chapitre V
La Philosophie du non, cat. 52 [1972]
- 14 énergie libre, énergie liée
Il s'agit d'un cycle de quatorze pièces (d'une durée allant de trois à vingt-cinq minutes) réparties en cinq chapitres. Différentes pièces avaient été créées séparément en divers endroits, entre 1969 et 1972, dont le Festival Gulbekian de Lisbonne en mai 1970. Commande de l'État pour Le Langage des fleurs].
Cette suite préfigure les futurs grands cycles bayliens (que l'auteur appelle des “utopies” ce qui est un autre mot pour dire des espaces inhabitables…) comme Érosphère ou Son Vitesse-Lumière. L'époque de composition de l'Expérience s'étend de 1964 (pour quelques pièces) à 1972. Elle englobe donc Jeîta et le Purgatoire — c'est avec ces trois pièces importantes que Bayle trouve et affirme son style et sa sonorité propres. Cette dernière se caractérise notamment par un son sous pression, à la fois puissant et fragile, entouré d'une “ auréole fantomatique ” (Jean-Christophe Thomas); comme s'il était poudreux ou vaporeux, et en même temps acéré, persistant, tenace, térébrant. Le son est donné à entendre dans sa gangue — et cela détermine assez bien ce qu'est le son concret. Il est bougé, hérissé d'harmoniques, et cette motion lui donne une sorte de halo. Comme s'il s'était chargé de poussières dans le chemin qu'il se fraye jusqu'à nous.
D'autre part, les instruments analogiques utilisés ici (synthétiseurs, modulateurs en anneaux, etc.) sonnent d'autant mieux que nous en sommes mis à distance par la sonorité dure et métallique du numérique : c'est un son qui, pour nous aujourd'hui, date délicieusement…
L'expérience du titre est à entendre dans le double sens d'expérimental et d'épreuve. L'expérience est au fond une mise à l'épreuve, des choses et de nous-mêmes qui les observons, et l'épreuve est toujours épreuve des limites — limites de la sonorité : et il y a dans l'Expérience maints exemples de registres extraordinaires, notamment dans les aigus, que seule permet l'électroacoustique — limites physiques de l'auditeur, comme cette épreuve par le son qui offre à notre écoute trente-trois minutes d'un même son (transparence du Purgatoire).
Le questionnement qui sous-tend toute l'entreprise est celui de la correspondance entre la réalité des phénomènes sonores et l'écoute que nous en avons “intérieurement”. Le projet initial prévoyait environ dix heures de musique. Il n'en reste finalement que deux. Mais les problématiques posées par l'Expérience acoustique sont poursuivies et développées dans l'œuvre ultérieure du compositeur — et, plus largement, à travers le genre électroacoustique, auquel elle pose des questions fondamentales. — Cela ne l'empêche pas d'être aussi un reflet de son époque, celle de mai 68, qui apparaît par endroit sous forme de bouffées de sons de sirènes de polices, de rumeurs, etc. “ Stimulé sans doute par les circonstances, mon projet en reçu une grande bouffée d'air frais, bien nécessaire avant cette plongée en apnée dans les abysses du studio ” (Bayle).