Son Vitesse-Lumière
- Année 1983
- Durée 01:59:00
- Référence catalogue 78b
- Concert
- œuvre stéréophonique
- œuvre suite
Metz
12èmes Rencontres internationales de musique contemporaine
Commande d'État
- 1 Grandeur nature [1980] cat. 72
- 2 Paysage, personnage, nuage [1980] cat. 73
- 3 Voyage au centre de la tête [1981] cat. 74
- 4 Le Sommeil d'Euclide [1983] cat. 77
- 5 Lumière ralentie [1983] cat. 78
Contrairement à Érosphère, Son Vitesse-Lumière a été conçu dès l'origine comme cycle et comporte cinq pièces distinctes. Ce qui frappe d'emblée à leur écoute, c'est l'ampleur de l'espace qu'elles inaugurent, le “nouveau temps musical” qu'elles instaurent. Nous voilà maintenant dans le ciel — que les musiques d'Érosphère visaient plus qu'elles ne s'y installaient. Cette durée large a-t-elle été favorisée par l'arrivée des moyens numériques ? Le temps plane et “disponible” des ordinateurs n'est en tout cas pas le même que celui des magnétophones dont on voit perpétuellement courir et se dévider la bande magnétique devant les têtes de lecture. Quoiqu'il en soit, le temps semble ici comme donné d'avance, offert comme un horizon dans lequel s'inscrivent les événements sonores et musicaux. Le compositeur parle de sonorités très allongées qu'il avait à sa disposition (“ que d'ailleurs je laissais marcher en sortant du studio pour aller me chercher un café, (…) comme une espèce d'état sonore… ”) et dans lesquelles il plaçait des séquences temporelles plus courtes.
La vitesse-lumière est celle que le son acquiert désormais dans les circuits électroacoustiques, où il circule à la vitesse de l'électricité — celle de la lumière. Ce passage par la vitesse influe le son, le modifie, élargissant son territoire à celui de l'espace astronomique. Sonorités floues, étirées, fluides et ductiles, aux atours infinis, aux transparences diaphanes — se déployant dans un espace-amour qui est en même temps un espace-menace. Cette temporalité induit une écoute flottante. Elle suscite un hypnotisme, moins wagnérien (absence de dramatisme) qu'oriental — comme, par exemple, celui de l'insistante et douce transparence du long tissage sonore de l'opéra javanais de Danuredjo VII, Langen Mandra Wanara.
La vitesse-lumière débraye le son de sa causalité temporelle. Il perd ses “tenants et ses aboutissants”. C'est une seconde libération après celle, fondatrice, de la coupure acousmatique, qui le libérait de sa causalité matérielle (le son rendu indépendant du corps sonore qui l'a émis). Libéré de son quoi, le voilà maintenant libre de son quand — c'est-à-dire de l'instant de sa production. (Il y a presque ici une indétermination quantique appliquée au musical !) Les sons commencent avant notre écoute et continuent après elle. Les voilà hors-cadre (dans le ciel), et on pourrait dire que les sons vitesse-lumière sont la vision objective et généralisée de ce que j'ai appelé plus haut les “ sons débordants ”. Ainsi s'atteint le temps de toutes choses, qui est celui des astres, et qui, s'il nous paraît infini à l'échelle de nos vies humaines, n'en a pas moins une mesure, c'est-à-dire une limite : celle de la lumière.