Vibrations composées

 
  • Année 1973
  • Durée 00:36:00
  • Référence catalogue 57
  • Concert
  • œuvre stéréophonique
  •  
Création


Paris, Espace Pierre Cardin
Création de la 1ère série
Création de l'intégrale : Paris, Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, le 7 octobre 1975

Liste des morceaux

Première série

  1. 1 rosace 1
  2. 2 respiration
  3. 3 rosace 2
  4. 4 texture
  5. 5 rosace 3

Deuxième série

  1. 6 rosace 4
  2. 7 polyrythmie
  3. 8 petite polyphonie
  4. 9 rosace 5
Notes

Le composé du titre est à entendre non seulement dans le sens musical, mais aussi dans le sens qu'a ce mot lorsqu'il désigne l'instrument physique appelé “pendule composé”, dont les mouvements sont la résultante de forces d'inertie et de girations. Le composé s'oppose également dans une certaine mesure à l'expérience de l'Expérience Acoustique. Elle témoigne d'un resserrement et d'une concentration du propos après l'ouverture expérimentale. La pièce comporte cinq rosaces, comme les cinq doigts de la main. Entre elles, s'intercalent quatre autres mouvements qui sont comme les espaces entre les doigts. La pièce travaille notamment le contraste entre ces rosaces, courtes et denses (3' 30 pour la plus longue), et les pièces intercalaires, plus étendues (jusqu'à 8' 40). A mesure que les durées des intercalaires se raccourcissent, celles des rosaces augmentent et se stabilisent. On retrouve, dans le rapport entre les deux familles, l'idée d'effraction.

Les rosaces travaillent en lignes et points, en une calligraphie sonore, faite d'incrustations et de motifs mélodiques brisés sertis en mosaïque — sons fusants, tournants, légèrement voilés et acidulés, comme accrochant ou caressant l'air, d'une douceur irisée. Ce sont des dessins au trait, aux articulations nerveuses, aux relances sous pression. Les rosaces culminent avec la cinquième, qui clôt l'œuvre par l'évocation d'un monde en chute douce.

Respiration, premier des mouvements intercalaires, offre un univers sombre et incertain, aux formes lentes, aux masses mouvantes et éparses. Texture n'est pas sans analogie avec la langue inconnue. Si l'on ne retrouve pas ici l'étagement des sonorités caractéristiques de la langue, nous sommes à nouveau aux prises avec un “son-monde” qui va crescendo dans une progression irrésistible, ponctué de bouffées de voix, jusqu'à une bascule finale, libératrice, qui ouvre sur le silence. Polyrythmie “raconte” les déboires d'un ostinato rythmique caoutchouteux, souple et lourdaud, que bombarde et contrecarre des impacts et des pointes jaillissantes, sans que son existence semble en être contrariée. L'adversité lui est profitable, au contraire : il s'amplifie dans l'aigu, se métamorphose et prolifère — comme le faisait déjà l'ondulation de substance du signe. Enfin, la petite polyphonie, préfiguration de sa grande contemporaine (cf. ci-dessous, 1974), qui, à l'origine aurait dû faire partie de cette œuvre, mais qui en fut finalement détachée. Ce court mouvement est un nocturne fait de pépiements et d'appels sur fond d'ostinato doux.